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lundi 26 janvier 2009

Jeunes idées reçues

Par Éric Zemmour
Publié le 16/01/2009 dans Le Figaro


Il faudrait écrire un dictionnaire des idées reçues de l'Education nationale. Un texte court, concis, qui rendrait service à tous les protagonistes, puisqu'ils répètent toujours les mêmes choses depuis quarante ans.

--Réforme : activité unique d'un ministre de l'Education nationale.

--Réforme : tu sais où on la met.

--Réforme : doit être retirée.

--Réforme : doit être retirée, même quand elle n'est pas encore votée ; même quand elle n'est pas encore écrite.

- Moyens : manquent. Réponse unique pavlovienne des syndicats. Depuis vingt ans, on met toujours plus d'argent dans l'école, et le niveau scolaire baisse toujours davantage.

--Consultations : un ministre doit les ouvrir. Pour les syndicats, cela signifie qu'il doit cogérer avec eux son ministère, ce qu'ont fait à peu près tous les hôtes de la Rue de Grenelle depuis l'après-guerre. Pour les rares récalcitrants, voir jeunes.

--Jeunes : sont dans la rue.

--Dentifrice : une fois sorti du tube, on ne peut plus l'y remettre. Lieu commun répété par les journalistes pour décrire les manifs juvéniles et par les politiques pour justifier leur couardise.

--Démocratie : initié à la Les manifestations de jeunes sont pour eux un rite initiatique, ce qui signifie, depuis Mai 68, qu'ils apprennent à se faire manipuler par des groupuscules gauchistes qui ont la maîtrise de la parole et de la rue.

--Syndrome Malik Oussekine : le craindre. Dès que trois jeunes sont dans la rue, les policiers et les politiques de droite craignent la mort accidentelle de l'un d'entre eux.

--Richard Descoings : la pommade pour soigner l'échec de Darcos.

--Martin Hirsch : la pommade pour soigner l'inexistence de Laporte.

--La réforme continue : mâle propos sarkozien qui signifie que la droite prie la gauche de couvrir sa retraite.

--Sarkozy : voir Chirac.

--Chirac : voir Mitterrand.

--Mitterrand : voir Giscard.

--Giscard : voir Pompidou.

--Pompidou : voir de Gaulle. Même lui !

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mardi 13 janvier 2009

Paris comme Gaza ?

Par Éric Zemmour
Publié le 09/01/2009 dans Le Figaro

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Manifestations violentes, slogans vengeurs, voitures brûlées ; et maintenant, attentats : la France importerait-elle sur son sol l'affrontement de Gaza ? Comme si certains voulaient venger sur des « Juifs d'ici » ce que subissait leurs « frères » par les « Juifs de là-bas ». Comme si leur commune nationalité n'était qu'un chiffon de papier. Comme si un lent travail d'identification communautaire à des patries d'adoption, largement mythifiées, avait réduit à rien le sentiment d'appartenance française.
De manière anecdotique, cette exaltation identitaire a débuté dans les années 80, avec le choix des prénoms des enfants, chacun cherchant « ses racines » ou se projetant dans une « modernité » anglo-saxonne ; et on ne s'étonne plus aujourd'hui qu'un ministre de la République prénomme sa fille Zohra. Cette soif identitaire a miné l'assimilation à la française, que nos élites bien-pensantes condamnaient comme une forme intolérable de néocolonialisme.
C'est le fruit vénéneux de l'antiracisme des années 80 qui a exalté les différences pour mieux dénigrer une identité française assimilée au franchouillard pétainiste et raciste ; et la référence obsessionnelle à la Shoah, qui a entraîné une concurrence victimaire, dont Dieudonné restera l'emblème.
Pendant des années, les « représentants de la communauté juive » transformèrent les dîners du Crif où se pressaient les hauts dignitaires de la République, de droite et de gauche, en tribunal de « la politique arabe de la France » ; ils condamnent désormais l'UOIF islamiste, qui pousse dans les mosquées les imams à « sensibiliser les fidèles à la juste cause palestinienne ».
Paris comme Gaza ? Paradoxalement, les risques d'affrontements sont aujourd'hui réduits parce que les populations juives ont fui, la Seine-Saint-Denis en particulier, après les violences déjà subies à la suite de l'intifada de 2000 et ont mis leurs enfants dans des écoles confessionnelles.

Les mêmes qui ont longtemps exalté les différences identitaires dénoncent désormais ces phénomènes de ghettoïsation.

dimanche 21 décembre 2008

Le PS au pluriel, la gauche à l'imparfait

Par Éric Zemmour
Publié le 12/12/2008 dans Le Figaro.


Un instant, la gauche a cru que son cauchemar s'achevait ; qu'un nouveau cycle s'ouvrait ; que le retour à l'Etat ramènerait les électeurs vers elle ; que la crise réclamait des solutions sociales-démocrates. Avec son plan de relance keynésien, Nicolas Sarkozy lui a ôté ce plaisir intellectuel d'avoir raison. L'ancienne gauche plurielle est évanouie.
Les Verts sont morts parce que tout le monde a repris l'écologie ; le PCF est mort parce que personne ne veut du communisme ; les Verts survivent en coupant les têtes ; le PCF aussi.

La gauche aime tellement le PS qu'elle en a deux. Un « PS canal historique » de Martine Aubry au logiciel social-chrétien de la CFDT des années 70, mais au caractère jacobin et technocratique. Et un parti social-Royal, qui joue l'opinion contre l'appareil, l'émotion médiatique contre la raison militante. Le PS canal historique veut sauver la traditionnelle culture parlementaire d'un parti d'élus ; le PS royaliste veut lui imposer au forceps le bonapartisme institutionnel de la Ve.

Une gauche, qui se pose en défenseur affirmé des salariés, mais qui, à l'heure même où le capitalisme a massifié le salariat, se retrouve déconnectée de l'électorat populaire.
Une gauche qui, au nom de son engagement européen, a avalisé les dérégulations réclamées par le capitalisme financier qu'elle prétend abhorrer.
Une gauche française qui a participé à la crise globale de la social-démocratie européenne en donnant ses dirigeants aux institutions les plus libérales du monde : l'OMC et le FMI.
Une gauche à la pointe des combats contre les structures traditionnelles de la société, dont les victoires « sociétales » servent finalement la domination sans partage d'un marché qu'elle vitupère par réflexe.
Une gauche qui se flatte de défendre la liberté de pensée et nourrit en son sein tous les nouveaux clergés du politiquement correct.

lundi 1 décembre 2008

Polémique sur les races : Eric Zemmour renvoie ses détracteurs à la lecture de Molière.

Le journaliste Eric Zemmour victime de son franc-parler au cours d'une émission de la chaîne Arte, s'est retrouvé, lui aussi la cible de toutes les attaques des "nouveaux bien-pensants".

Avec l'humour qui le caractérise, il répond à ses détracteurs dans le magazine Vendredi.


«Chers amis internautes, si charmants, si délicats, si mesurés, je vous propose de signer une large pétition pour que l’Académie française supprime avec éclat de son dictionnaire le mot race, puisque c’est au nom de ce mot maudit qu’Hitler a fait assassiner des millions d’êtres humains. Et pendant qu’on y est, je propose que soient rayés du dictionnaire les mots religion - coupable des guerres de religion et de l’horrible saint-Barthélémy- le mot nation - responsable des guerres de la Révolution et de l’Empire, les mots égalité et communisme, pas modestes en massacres. On ne dira plus « personne de race noire », mais « personne riche en mélanine »; « homme de race blanche » sera de même proscrit, remplacé par « personne pauvre en mélanine ». La seule utilisation de ce mot honni sera désormais autorisée pour « race humaine », qu’on appelait autrefois espèce humaine. On savait que l’espèce humaine était unique depuis Adam et sa côte, tandis que les Evangiles avaient remis le couvert universaliste : «il n’y aura plus de Juifs, il n’y aura plus de Romains.» Cela ne suffit pas. On inversera donc le sens des mots espèce et race, pour que la paix soit, qui est le souverain bien. Ceux qui persisteront ainsi à défendre la hiérarchie des races seront des espécéistes.

Par exception, l’usage du mot race sera autorisé pour glorifier le président Obama, que son nom soit sanctifié. Ainsi, Patrick Lozès, président du CRAN, Conseil Représentatif des Associations noires de France, a pu déclarer qu’«Obama est notre président», ce qui prouve que la solidarité raciale - pardon, espéciale- est supérieure à ses yeux énamourés à la solidarité nationale. Imaginons un odieux président du CRAB, conseil représentatif des associations Blanches, qui déclarerait : Poutine est notre président.
SOS-racisme devra changer de nom: SOS-espécéisme. Jean Baudrillard avait relevé qu’il existait SOS-Baleines et SOS-Racisme, les premiers voulaient sauver les baleines, et les seconds, sauver les racistes, pour conserver leur magnifique sentiment de supériorité morale.

Hitler fondait sa politique criminelle de hiérarchie des races sur des travaux scientifiques qui avaient classé, distingué, hiérarchisé les formes de crânes, de nez et de lèvres. Aujourd’hui, on nie l’existence des races en se fondant sur des travaux scientifiques qui attestent que les êtres humains ont en commun 99% de leur ADN, mais qui redécouvrent des «types biologiques» ressemblant furieusement aux races d’antan. A chaque fois, on fonde un projet politique sur une science qui évolue sans cesse. Laissons les scientifiques dans leurs laboratoires. La race pure était le projet délirant d’Hitler; la religion du métissage est le graal assigné à notre époque. Mais métisser quoi ? Des races! Quelle horreur ! Des espèces, voyons.

Chers amis internautes, précipitez-vous pour voir Les Précieuses ridicules de Molière. Vous adorerez.»

Éric Zemmour

Pour finir, nous vous recommandons ce nouvel article sur cette "polémique" sur le très bon site Causeur.fr !
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samedi 22 novembre 2008

Mélenchon, mais un peu tard...

Par Éric Zemmour
Publié le 14/11/2008 dans Le Figaro
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Ne l'appelez plus Jean-Luc mais Oskar. Il y a quelques années, le ministre socialiste des Finances allemand, Oskar Lafontaine, rompait avec le chancelier Schröder ; son parti Die Linke - qui dénonce l'adaptation de la gauche à la mondia lisation libérale - taille depuis des croupières au vénérable SPD à chaque élection outre-Rhin.

Jean-Luc Mélenchon est parti tard. Trop. En 2005, après le référendum sur l'Europe, c'était le moment opportun. Il l'a dit à Laurent Fabius. Mais Fabius n'a pas saisi son kairos, comme il dit. Il s'est enfermé - emmuré vivant - dans la motion Aubry. Mélenchon bouge pour ne pas mourir emmuré.

Il prend un risque médiatique : seuls les dissidents des grands partis attirent la lumière. Un risque poli tique : le représentant de la gauche, l'ancien rocardien Benoît Hamon, triomphe avec près de 20 % des suffrages ; mais c'est un triomphe en trompe-l'œil : la gauche du parti flirtait jadis avec les 40 % des voix ! Il prend un risque idéologique enfin : s'il se distinguera aisément du PS sur l'Europe et le libre-échange, et du NPA de Besancenot sur la violence révolutionnaire, que l'ami de Rouillan a du mal à rejeter, il est plus difficile de faire entendre sa voix « de gauche » quand la crise financière mondiale redonne des trémolos anticapi talistes à des socialistes opposants en carton pâte qui approuvent discrètement la plupart des grands choix économiques ou géostratégiques de Sarkozy.

Le départ de Mélenchon signe peut-être tout simplement l'atomisation d'un PS condamné à mourir au petit feu de la petite cuisine de François, Bertrand, Martine et des autres, ou dans une belle explosion finale sous la férule honnie de Ségolène. On achève bien les partis.

mardi 11 novembre 2008

Qui a dit protectionnisme ?

Par Éric Zemmour
Publié le 07/11/2008 dans Le Figaro

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La « divine surprise » n'est pas pour le seul Besancenot. Le Pen père et fille rêvent aussi de se refaire ; Villiers retrouve des sondages proches des deux chiffres ; Dupont-Aignan se dit que c'est le moment idéal pour se lancer.

Car c'est une crise de la « mondialisation », pas seulement du « capitalisme ». Avant, quand ils disaient frontières, souveraineté, protectionnisme, on leur envoyait les années 30 à la figure. Le fascisme, la guerre.

Encore aujourd'hui. Pourtant, la question du libre-échange est revenue sur la table. Sous la table. Toutes les tables. De Washington à Berlin, de la rue de Solferino à l'Elysée. Pas besoin d'être prix Nobel d'économie pour comprendre que la crise des subprimes vient de la stagnation des salaires de la classe moyenne américaine (et européenne), sous la pression déflationniste des 2 milliards d'Indiens et de Chinois entrés brutalement dans un marché de l'emploi soudain mondialisé.

Doit-on mettre en place un protectionnisme autour de grandes zones géographiques au développement comparable ? Obama - chéri des Européens - est aussi le plus protectionniste. Le socialiste Hamon est le seul à le réclamer tandis que Martine Aubry - et Bertrand Delanoë - sautent comme des cabris en criant « social-démocratie », sans remettre en cause un libre-échange mondialisé qui tue tout compromis entre patrons et salariés. Entre la France et l'Allemagne, rien ne va plus : Sarkozy rêve sans le dire du retour de la « préférence communautaire » ; Merkel refuse, persuadée sans l'avouer que la puissance industrielle allemande peut résister à tout.

Lors des européennes, le protectionnisme sera sans doute au cœur de la campagne. A droite de l'échiquier, on dira qu'on l'avait dit avant les autres. Ce qui n'est pas en politique une assurance de succès.

jeudi 18 septembre 2008

La tribalisation de Solferino

PAR ÉRIC ZEMMOUR
Publié dans le Figaro le 12/09/2008

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Les villes en R portent malheur au socialisme français. Après Rennes, ce sera Reims ; plus personne n'en doute, après la désastreuse université d'été de La... Rochelle. C'est l'explosion du courant mitterrandien qui avait entraîné la déflagration rennaise de 1990. C'est l'implosion du courant jospiniste qui provoquera la catastrophe annoncée de Reims. D'où cette impression réitérée de guerre byzantine, de querelle vaine d'ambitions, de jeux stériles. Il n'y a aucune différence de fond entre Royal, Delanoë, Hollande, Moscovici, Dray, Aubry. Tous sont « sociaux-démocrates » et européens ; tous sont favorables à l'intervention de l'Otan en Afghanistan « contre le terrorisme » ; tous prônent un accord sur le libre-échange à l'OMC.

A droite et à gauche du parti, de rares personnalités esseulées Valls, Gorce ou Mélenchon... essaient de porter un débat idéologique, mais elles sont étouffées médiatiquement. Fabius, mué en simple supplétif d'un des héritiers du jospino-hollandisme, paie sa pusillanimité de 2005, lorsqu'il rallia la « synthèse » hollandaise, après avoir porté le flambeau du non à la Constitution Européenne. Pourtant, ce n'est pas une médiocre querelle que d'édifier une authentique alternative politique dans une « mondialisation » qui semble tout faire pour l'interdire. Cette tâche herculéenne semble hors de portée du PS français.

Car la tribalisation de la Rue de Solferino met une lumière crue sur la transformation insidieuse d'un parti en un agrégat de féodaux désunis, mitonnant leur petite cuisine sur leur petit réchaud local, incapables de faire un roi car soucieux avant tout qu'il n'y en ait pas.

mercredi 9 juillet 2008

Besancenot, le parfait petit opposant

Par Eric Zemmour
Publie dans Le Figaro le 07/07/2008
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La mondialisation façonne souterrainement une nouvelle géographie politique. Le Front national fut longtemps le rassemblement de toutes ses victimes pressurées par les grandes firmes et concurrencées par des vagues d'immigrés, pendant que les vainqueurs flamboyants de la « mondialisation heureuse » les traitaient de racistes : salauds de pauvres !

Besancenot, c'est la classe moyenne en voie de prolétarisation, profs, jeunes diplômés précarisés, fonctionnaires, qui se reconnaît dans son visage poupin de Tintin, un Che Guevara qui aurait troqué la lecture de Trotsky pour celle de Marc Levy.

A chaque fois, ces mouvements s'enracinent dans une histoire politique ancienne, mais simplifiée pour la télé. Devant la montée en puissance de Besancenot, Sarkozy se frotte déjà les mains. Mais, contrairement à Le Pen, qui avait rassemblé toutes les familles du nationalisme français, Besancenot est loin d'avoir réuni toute la « gauche de la gauche ». C'est le but de son Nouveau Parti anticapitaliste ; cependant, le NPA n'arrive pas encore à la cheville du Linkspartei allemand. Surtout, Besancenot, lui, n'est nullement diabolisé. Peu importent les massacres révolutionnaires, de la Terreur au Goulag, en France, l'extrême gauche reste « angélisée ».

Ainsi, entre l'extrême gauche et le PS, les électorats sont fluides, ils passent d'un camp à l'autre sans mauvaise conscience. Ceux qui ont révélé la rencontre entre Besancenot et l'ancien membre d'Action directe, Jean-Marc Rouillan, tentaient sans doute de marquer au fer rouge du « terrorisme » le facteur de Neuilly. Caramba, encore raté !

mardi 1 juillet 2008

Europe : tous perdants

Par Eric Zemmour
Publié le 27/06/2008 dans Le Figaro


Ils crient victoire, mais on ne les entend pas. Dupont-Aignan, Coûteaux ou Villiers à droite, Chevènement, Mélenchon ou Besancenot à gauche triomphent dans le désert. Et pourtant, elle ne tourne pas, l'Europe.
Le grand combat politique des vingt dernières années entre fédéralistes et souverainistes s'achève dans un champ de ruines. Tous perdants. Cette bataille avait débuté lors du référendum de Maastricht en 1992. Séguin était très proche de Chevènement ; Léotard faisait estrade commune avec Pierre Bérégovoy.
Mais, en 1995, c'est Chirac qui fut élu Président. Chevènement, en 2002, tentait « l'alliance des deux rives » ; mais c'est Le Pen qui faisait « turbuler le système ». Inhibés par le politiquement correct, Séguin et Chevènement n'osèrent jamais parler d'immigration à l'électorat populaire ; et Pasqua ne se vit jamais en numéro un.

En 2007, Sarkozy, sonné par le référendum sur la Constitution de 2005, osa reprendre les thèmes des « nonistes » : préférence communautaire, critique de l'euro fort, politique industrielle, mais aussi exaltation de l'identité nationale, tandis qu'il rassurait discrètement les élites européistes avec son minitraité simplifié. Il le fit illico. Copié-collé de la Constitution Giscard. Ratifié par l'UMP et le PS.
L'ouverture, ce fut cela : cette majorité de centre droit-centre gauche, conceptualisée par Giscard en 1974, ébauchée par Mitterrand en 1988, concrétisée en 2007. Ce coup de bonneteau se brisa sur le non irlandais. Ne restent que des européistes sans le peuple et des eurosceptiques sans le pouvoir.

Les prochaines européennes de 2009 changeront-elles la donne ? « L'Europe est un despotisme éclairé et doux », confiait un jour Jacques Delors.

samedi 28 juin 2008

La France au miroir du football.

Par Eric Zemmour
Publié le 23/06/2008 sur Le Figaro


L'équipe de France aurait sans doute pu être championne d'Europe, mais elle n'était pas une équipe et elle n'était pas de France. Pour parodier la célèbre formule du général de Gaulle, on pourrait ainsi résumer la déroute des Bleus dans l'Euro 2008. Pas une équipe, mais un agrégat de joueurs désunis ; pas vraiment de France : la plupart n'évoluaient pas dans un club hexagonal.

Le football français est né à la modernité à la fin des années 60, sur un mode colberto-gaulliste : une direction nationale qui centralise tout, formation et financement ; une redistribution de la manne télévisuelle jusque dans les petits clubs. Ce système centralisé et national fabriqua les générations Platini et Zidane.
Mais il prit de plein fouet la mondialisation libérale imposée par la Cour de justice européenne avec l'arrêt Bosman au milieu des années 90 : la suppression des limitations du nombre d'étrangers dans les clubs entraînant surenchère des salaires et concentration des meilleurs dans les clubs les plus riches.
Dans un premier temps, l'équipe de France en bénéficia, car nos joueurs, exilés en Italie surtout, acquirent férocité et rigueur défensive. Puis, les clubs français devinrent les sous-traitants des championnats anglais ou italiens.

Alors, ces joueurs, venus de toutes parts, cousus d'or mais épuisés par les compétitions de clubs, eurent de plus en plus de mal à retrouver ressources physiques et cohérence. Esprit collectif et amour du maillot tricolore. Mais la France, arrachée à son modèle national par l'Europe, refusa, à l'instar de l'Angleterre, de sacrifier son équipe nationale à ses clubs, désormais puissances financières, cotés en Bourse.

Et la France du foot, entre deux systèmes, deux histoires, finit par perdre sur tous les tableaux.

mardi 24 juin 2008

Juste rien.

Par Eric Zemmour
Publié le 18/06/2008 sur Le Figaro




C'est la fin. La fin d'un match. La fin des espoirs français ; la fin d'une équipe ; la fin d'une génération ; la fin d'un sélectionneur. La fin d'un cycle. Et même la fin d'un commentateur, Thierry Roland, qui suivait, mardi sur M6, le dernier match de l'équipe de France de sa carrière.

Mais cette sinistre litanie finale était déjà trop généreuse. Il n'y eut jamais vraiment d'espoir depuis cette sinistre rencontre initiale contre les Roumains. Il n'y eut pas vraiment de match non plus contre l'Italie, la France ne paraissant à aucun moment en mesure d'inquiéter son frère ennemi transalpin.

Pas d'équipe non plus, des joueurs qui ne parviennent pas à se marier, se souder, joueurs qui semblent ôter leur baladeur juste avant de rentrer sur le terrain, agrégat de joueurs désunis. Une équipe entre deux générations, sans Zidane mais encore avec Thuram. Qui n'a pas choisi, joueurs venus d'ailleurs ou ossature lyonnaise. Un Domenech qui fait entrer Nasri et le sort quinze minutes plus tard, et ne songe qu'à épouser son Estelle Denis. «Avec Estelle, c'est du sérieux», aurait-il pu dire.

C'est l'Italie qui était la seule sérieuse, mardi soir. Fin d'un cycle. C'est en imitant le jeu italien que la France avait gagné ses plus glorieux trophées : Coupe du monde en 1998, Euro en 2000. Chaque fois au détriment de l'Italie : «On ne détruit que ce qu'on remplace», disait Danton.

La roue a tourné. En 2006 comme en 2008, c'est l'Italie qui reprenait son jeu et son sceptre. Et renvoyait la France à un rien infini. Juste rien.

dimanche 15 juin 2008

"Zemmour est fou" : article de Basile de Koch publié dans Valeurs Actuelles

Par Basile de Koch, le 30-05-2008
Publié dans Valeurs Actuelles



Vous me connaissez : je tiens mes promesses, à défaut de celles des autres… J’avais dit que je reviendrais sur le “phénomène Zemmour”; eh bien, me voilà! On peut observer le phénomène, entre autres, tous les week-ends en multidiffusion sur i-Télé, dans l’émission Ça se dispute, et chez Ruquier le samedi soir sur France 2.Le succès d’Éric Zemmour tient, “en première analyse”, à un truc simple : il est le seul sur son créneau – ce qui en fait un boulevard! Non seulement le Zemmour pense, mais il dit ce qu’il pense ; peut-être pas tout ce qu’il pense, mais rien que ce qu’il pense. Ça suffit à en faire un animal de foire, dans un Paf envahi par les “parlologues” qui se contentent de raconter les faits et d’en imaginer les effets. Éric, lui, remonte systématiquement aux causes: il décrypte.



Sa grille de lecture, il n’en fait pas mystère, est radicalement droitière. Mais attention! Zemmour n’est jamais aussi mordant que quand il critique la droite au nom de ses propres principes (à elle et à lui). C’est même ce qui le sauve aux yeux de notre intelligentsia – toujours friande d’attaques contre la droite,même quand elle ne les comprend pas…

Il y a autre chose : l’inébranlable bonne humeur de notre ami. Caricaturé, hué, il ne se départit jamais de son bon sourire – sauf le cas échéant pour rigoler franchement. Il joue même à merveille de son physique genre souffre- douleur de cour de récré pour désamorcer les vérités explosives qu’il balance à la tête de tout le monde… et surtout de la droite.

Il fallait l’entendre,samedi dernier sur i-Télé: on aurait juré que son objectif était de se faire le plus d’ennemis possible chez ses supposés amis. Trois interventions, trois attaques en règle contre la “droite”française actuelle,du plus superficiel au plus profond (la gauche, elle, devant se contenter de quelques blagues condescendantes).

« L’un des problèmes majeurs du sarkozysme, explique Éric, c’est la tendance irrépressible du président à court-circuiter les institutions dès lors qu’elles l’empêchent de tout gérer tout seul. »

Et notre Dr Folzemmour de poursuivre froidement l’autopsie, sans souci apparent des conséquences : « Le drame de la droite, celle de Giscard comme celle de Chirac et même de Sarkozy, c’est qu’elle est fascinée par la gauche et méprise sa propre famille. »

L’explication de cet étrange masochisme ne tarde pas: c’est, tout simplement, « l’escroquerie » de cette droite qui « vénère le marché tout en refusant ses effets : consommation, mondialisation, immigration, dégradation des mœurs… »

Reste une question: pourquoi, depuis dix ans, Éric Zemmour va-t-il toujours plus loin dans le saccage décontracté des tabous de l’époque? Et plus grave encore, dans la dénonciation du désordre prévalant dans le “parti de l’ordre”? Inconscience,prise de conscience, ou les deux mon général ? Quoi qu’il en soit, moi, Zemmour, j’achète… tant qu’il est en vente libre!

Source de l'article : ici.

lundi 9 juin 2008

Histoires de Président

Par Eric Zemmour
Publié le 23/05/2008 dans le Figaro
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Nicolas Sarkozy a peut-être une vocation rentrée de prof d'histoire. Pas de semaine sans qu'il n'intervienne dans ces matières à hauts risques. N'exigeait-il pas récemment qu'on inscrive l'esclavage dans les programmes de CM1 et CM2 - où il est déjà enseigné ?

Pendant la campagne présidentielle, on avait compris le projet de Sarkozy : renouer avec la vision héroïque d'une France glorieuse, dont gaullistes et communistes avaient maintenu l'héritage dans l'après-guerre, avant qu'elle ne succombe sous les traits acérés de la haine de soi et de la repentance, par l'alliance de la « bien-pensance » de gauche et du primitivisme chiraquien. Depuis son élection, là aussi, son message s'est brouillé. A Alger, il condamne la colonisation pendant qu'à Dakar, il tance les Africains qui ne sont pas « entrés dans l'histoire ».

Il exalte les « racines chrétiennes de la France », puis le chantre de la « négritude », Aimé Césaire - un des plus violents contempteurs de la colonisation mais aussi de l'assimilation à la française.

Un jour, Sarkozy suggère que les enfants de 10 ans prennent en charge la mémoire d'un enfant juif déporté, et, quelques semaines plus tard, il déclare que la France n'était pas à Vichy, revenant sur le discours du Vél'd'Hiv de Chirac. Les virevoltes historiques du Président donnent le tournis.
Le candidat a fait campagne contre les lois mémorielles ; le Président a confié mission à Christiane Taubira de vérifier le respect de « sa » loi qui fait de l'esclavage un crime contre l'humanité. Le candidat Sarkozy avait compris que la France avait besoin d'être fière de son passé national pour se projeter dans un avenir incertain ; le Président semble à son tour tenté par une gestion communautarisée des histoires.

vendredi 16 mai 2008

La drôle de mort du FN

PAR ÉRIC ZEMMOUR
16/05/2008 | Publié dans Le Figaro


Il est mort. Et ça danse autour de son cadavre. Et ça crache sur sa tombe. Tous ceux - innombrables - à qui il a fait peur ; tous ceux - nombreux - qui ont fait semblant d'avoir peur. Le Front national est mort. Décapité par Sarkozy à la présidentielle, il n'a pas ressuscité aux municipales, la pire des élections pour un parti sans élus. Son honorable score aux cantonales - près de 9 % - est passé inaperçu... comme les cantonales elles-mêmes. Il ne survit dans les journaux qu'aux rubriques immobilières ou sociales. Le Pen n'a réussi à percer ce mur d'indifférence médiatique qu'en se parodiant : le « détail » ou Vingt ans après.
Et pourtant. La défaite de Le Pen à la présidentielle fut le produit d'une conjonction astrale exceptionnelle : après 2002, les électeurs du FN avaient compris que jamais Le Pen ne parviendrait au pouvoir ; ils entendirent en 2007 un candidat - Sarkozy - qui osait reprendre une partie de sa thématique : ils franchirent le Rubicon.

Depuis, Sarkozy a fait l'« ouverture » à gauche ; le mini-traité européen ; supprimé le référendum obligatoire pour la Turquie ; le pouvoir d'achat est rongé ; cet électorat souvent populaire juge que le nouveau Président ne fait pas Président. Mais le désamour pour Sarkozy n'entraîne pas un retour d'affection pour Le Pen. Dans toute l'Europe, en Italie, en Angleterre, aux Pays-Bas ou en Allemagne, une droite - que ses détracteurs qualifient de populiste - fait son miel de la critique acerbe des dégâts causés par la mondialisation - celle des capitaux comme celle des hommes.
Nouveau paradoxe français : le Front national se porte bien partout en Europe sauf en France. Cette bizarrerie ne pourra perdurer.

Le cadavre du FN bouge encore.

lundi 5 mai 2008

La revanche de Berlusconi

Publié dans Le Figaro

PAR ÉRIC ZEMMOUR
02/05/2008

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La gauche française s'est gaussée du retour de Berlusconi en Italie. Elle a brocardé l'alliance des droites bling-bling des deux côtés des Alpes. Elle a préféré en rire alors qu'elle aurait dû en pleurer. Car les conditions de la victoire de Berlusconi sont les mêmes que celles qui ont permis l'élection de Sarkozy il y a un an. Les mêmes, en pire.

Berlusconi avait déjà conquis et perdu le pouvoir. Il ne promettait pas des jours meilleurs, mais « du sang et des larmes ». Et pourtant, il a vaincu. Et comme Sarkozy, il a gagné « à droite » et « au peuple ».

C'est une partie de l'électorat populaire du FN qui avait installé Sarkozy à l'Elysée ; c'est le succès de la Ligue du Nord d'Umberto Bossi qui a permis à Berlusconi de retourner au Quirinal. Au-delà de ses habituels discours anti-étatistes, Bossi a recentré sa ligne politique autour de deux questions majeures : immigration et délocalisations. Il a tenu un discours critique sur la mondialisation, celle des hommes comme celle des capitaux et des marchandises. Sociologiquement, la Ligue a attiré des petits patrons, mais aussi des ouvriers. Au-delà des clivages de classes, une alliance des producteurs s'est ainsi constituée pour mettre en cause l'euro fort de Trichet et le libre-échangisme de Bruxelles.

La gauche dénonce la droite « populiste » pour ne pas voir qu'elle est tout simplement populaire. Sans cet électorat passé à droite, la gauche est condamnée à demeurer minoritaire, tandis que les droites victorieuses sont, elles, condamnées à satisfaire ses attentes d'ordre et de protection. On ne sait pas qui est dans la situation la plus enviable.

samedi 19 avril 2008

Royal dans le chaudron

PAR ÉRIC ZEMMOUR
11/04/2008 | Publié dans le Figaro


Elle va sans doute gagner. Prendre le parti. C'est une force qui va. Même si elle ne sait pas toujours où. Le TSS, « Tout sauf Ségolène », ne prend pas. Ségolène Royal est persuadée qu'elle a perdu la présidentielle parce qu'elle ne dirigeait pas le PS. C'est une fille méthodique. Elle corrige ses erreurs.

Il n'est pourtant pas sûr que le PS lui ait manqué. Les éléphants ne vibraient pas d'admiration pour sa compétence, sa culture ou sa vision du monde. Mais ils se mirent au garde-à-vous quand elle l'exigea, et se cachèrent quand elle joua les « femmes libres » : « T'as voulu voir Vesoul, et on a vu Vesoul ; t'as plus aimé Vesoul, et on a quitté Vesoul. »

En 2007, Ségolène Royal a conquis le PS par les sondages. Sur la forme - une femme dans un monde d'hommes - et sur le fond - l'ordre contre « il est interdit d'interdire ». Elle prend le risque de se banaliser. De s'abîmer dans des guerres idéologiques ou des compromis insipides. Jeanne d'Arc dans la boue des tranchées. Un anachronisme ; pire, une inversion d'image. Elle croit mettre ses pas dans ceux de Mitterrand. Mais c'est le Mitterrand de 1988, Président briguant une réélection. Ouvrant au centre, pour enfermer Chirac à droite. Elle oublie que Sarkozy l'a battue par la droite. Elle oublie aussi le Mitterrand d'avant 1981, accumulant les débats pour accoucher du PS d'Epinay, peuplé de jeunes sabras affamés de places. Elle oublie que le PS est désormais un parti d'élus, repus et indisciplinés, convertis à un social-libéralisme mal assumé.

Royal n'a pas plus d'idées que les autres pour sortir le PS de sa crise existentielle. Elle demande aux militants de les lui donner. Pas de changement à attendre de ce côté-là.

jeudi 10 avril 2008

La guerre des gauches

PAR ÉRIC ZEMMOUR
09/04/2008, publié dans Le Figaro.fr

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Eux aussi. Eux aussi, ils ont conquis des villes, des départements, des élus ou des voix. Eux aussi, et pas seulement le Parti socialiste. Le communisme municipal a fait du bouche-à-bouche au PCF, et Marie-George Buffet a renoncé au renoncement (à son poste). Olivier Besancenot attire plus que jamais la lumière médiatique. La gauche du PS, d'Emmanuelli à Mélenchon, attend le congrès pour se compter.

Cette gauche de la gauche, comme ils aiment à se qualifier, a le vent en poupe. Dans toute l'Europe continentale, en effet, la globalisation libérale entraîne un accroissement des inégalités, et une prolétarisation d'une partie de la classe moyenne qui bascule dans la contestation radicale du « système ». En Allemagne, le Linkspartei d'Oskar Lafontaine grignote peu à peu le SPD. Aux Pays-Bas, mêmes causes, mêmes effets.
En Italie, l'alliance au centre a explosé, et Berlusconi s'apprête à gagner les législatives. Le PS, traditionnellement le plus à gauche d'Europe, découvre les délices de la social-démocratie, au moment même où celle-ci s'est partout convertie au « blairisme ».

Lors du référendum européen de 2005, ces deux gauches se sont levées l'une contre l'autre : la gauche du non a gagné par KO. Mais le patron du non, Laurent Fabius, a refusé de briser le PS. Olivier Besancenot a repris à son compte la création d'un Linkspartei à la française.
Lors des municipales, ces deux gauches se sont affrontées durement : des socialistes, mais aussi des communistes, n'ont pas joué le jeu de « la discipline républicaine » ; et les électeurs ne les ont pas sanctionnés. Revanche aux européennes de 2009 ...

vendredi 21 mars 2008

"Petit Frère" : pour le Nouvel Observateur, Zemmour "dérape"

Une critique publiée sur le site littéraire du Nouvel Obs.

La critique d'un succès: «Petit Frère»

Zemmour dérape
Par Jacques Nerson

Alors que les fanatiques s'efforcent d'importer en France le conflit israélo-palestinien, Eric Zemmour leur apporte son aide avec un libelle plein de haine

Deux récits s'entrecroisent. D'une part, l'assassinat crapuleux de Simon Sitruk par son ami d'enfance et voisin de HLM Yazid Chadli. D'autre part, l'enquête menée par le narrateur, un juif de gauche chargé en haut lieu de dissimuler au public l'aspect antisémite de l'affaire.

L'histoire s'inspire de l'enlèvement en 2006 du malheureux Ilan Halimi, torturé trois semaines durant dans une cave de Bagneux, puis exécuté par le «gang des barbares» dirigé par le jeune black Youssouf Fofana. Quel but Zemmour poursuit-il en faisant de ce fait divers terrifiant le symbole du conflit judéo-arabe?
Le but de ceux qui jettent de l'huile sur le feu: propager l'incendie. Il entend en effet démontrer que le pullulement des musulmans - islam et islamisme jetés dans le même sac - a eu raison de la France éternelle, et que les juifs français seraient bien avisés d'émigrer.
La France? «Un pays d'Arabes et de Noirs. Des millions et des millions. Ils tirent la France vers le bas. Avec eux on devient un pays du tiers-monde. Les Français ont peur d'eux. Ils n'osent plus rien leur dire. Les Arabes nous égorgeront, nous les juifs, et les Français ne lèveront pas le petit doigt. Les Français, ils font avec les musulmans comme ils ont fait avec les Allemands. Tous des collabos. Tous des lâches.»


Il ne réserve pas ses flèches qu'aux Arabes: essayez d'inventorier les occurrences du mot «nègre» dans son roman... Il faut voir aussi comme il parle des femmes.
Si cette pétasse de Clotilde «vaut mieux que ses cuisses courtes et ses gros nichons», c'est qu'elle raille les garçons trop attentifs à son plaisir pour être virils: «Mais putain, on veut de la bite, nous, de la bonne, de la bien grosse. Je ne suis pas une lesbienne, moi, je voudrais qu'il me baise comme une brute, qu'il me fasse mal, merde, qu'il me déchire.»
A la fois poète et sexologue, le garçon! «Victimes et coupables» du sida, les homosexuels recoivent à leur tour leur paquet: «Dans toute société traditionnelle, fondée sur la pudeur et le secret, le respect de la vie et la peur de la mort, les "homos" auraient été stigmatisés et isolés, à l'instar des pestiférés de jadis.» Mais ceux qui excitent le plus son courroux sont les militants antiracistes, qui, pour avoir prôné le métissage culturel, ont du sang sur les mains.

L'auteur ne manquera pas de dire qu'il s'agit d'un roman, qu'il ne partage pas toutes les idées des héros. A d'autres! S'il les désapprouvait, il leur opposerait des arguments qui tiennent la route. Il ne faut pas être bien malin pour deviner de quel côté penche son cœur. Grand habitué des talk-shows, on peut compter sur lui pour vendre son livre. Un livre d'autant plus déplaisant qu'il est de style approximatif et n'a pas l'excuse du talent.
Tremper sa plume dans la haine ne suffit pas à écrire comme Céline.

J. N.


«Petit frère», par Eric Zemmour, Denoël, 208 p., 20 euros.

jeudi 28 février 2008

Municipales : sa défaite de 1977 hante la droite en 2008

Publié sur Le Figaro le 28/02/2008

L'analyse d'Éric Zemmour, grand reporter au service Politique du Figaro.


Je vous parle d'un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître. La gauche, en ce temps-là, faisait razzia sur les municipales après les cantonales. Le président venait à la télévision commenter les résultats, vêtu de grand deuil. Depuis son élection, il avait pourtant tout changé. Il était jeune. Il était moderne. Il était européen. Libéral mais pas dogmatique. Il était fasciné par le mythe Kennedy. Il n'hésitait pas à médiatiser sa famille. À l'américaine. Il avait dépoussiéré, désacralisé la fonction. Il avait fait l'ouverture vers «des personnalités de gauche». Il maniait admirablement la télévision et semblait y coucher.

C'était en 1977. Les élections municipales furent un triomphe pour la gauche. On remarqua surtout l'improbable basculement à gauche de deux grandes régions, la Bretagne et l'Alsace, qui donnaient leurs voix à la droite depuis des décennies. La tradition du catholicisme social passait à gauche. Et c'est paradoxe le protestant Michel Rocard qui en devint la figure de proue. Cette «deuxième gauche» avait rejoint la première, alors dirigée par Mitterrand, quelques mois après la présidentielle de 1974. Les nouvelles couches moyennes salariées, grandes bénéficiaires des Trente Glorieuses, renforçaient la vieille gauche des profs et des ouvriers.

Trente ans plus tard, cette deuxième gauche est devenue la première. Elle tient l'appareil du PS. Les couches sociales moyennes qui la soutiennent toujours sont les dernières à pouvoir habiter au cœur des grandes villes. Les plus aisés, les fameux bobos, gardent le cœur de leur jeunesse à gauche ; les moins riches tirant le diable par la queue, locataires dans des centres-villes désormais vouées aux propriétaires et aux touristes, souffrent de précarisation, réelle ou comparative. Ceux qui sont en dessous, dans l'échelle sociale, ont lâché prise, et quitté le centre-ville pour la périphérie, de plus en plus loin. Lors du référendum sur l'Europe, ceux-ci ont voté non, ceux-là ont voté oui. Dans les grandes villes, la classe moyenne supérieure frôle sans les côtoyer les habitants des quartiers populaires où domine une population issue de l'immigration arabo-africaine. C'est ce que les sociologues appellent pudiquement les «très aisés» et les «très aidés». C'est la nouvelle sociologie qui structure désormais les grandes villes «mondialisées». Nouvelle polarité qui a fait un triomphe à Ségolène Royal, lors de la présidentielle : Paris, Lyon sont déjà passées à gauche. Toulouse et Bordeaux ne devraient pas tarder. Nantes est demeurée à gauche depuis 1977 ; Strasbourg devrait y revenir ; et si Gaudin ne perd pas Marseille en 2007, ce sera un miracle dû paradoxalement à une modernisation inachevée ; la gauche prendra la ville la prochaine fois. À Bordeaux, Juppé a été un maire exemplaire, refaçonnant la ville selon les canons de la «gouvernance» d'aujourd'hui : il a donc perdu les législatives en 2007. Et seul un remords de ses électeurs peut cette fois sauver sa mairie.

Partout, cette nouvelle sociologie hésite entre PS et Modem. Voilà pourquoi à Dijon, Montpellier, Grenoble, Roubaix, le PS est allié au MoDem dès le premier tour. À Aix-en-Provence, le MoDem se gauchise pour faire la peau de l'UMP. À Lyon, les centristes sont partout. À Paris ou ailleurs, on attend prudemment le second tour pour convoler. En 1977, Mitterrand verrouillait l'Union de la gauche, obligeant même Gaston Defferre à renoncer à ses amitiés centristes de Marseille. Trente ans plus tard, c'est le grand déverrouillage, les centristes reviennent à gauche, sans que le PS, pusillanime, n'ose assumer la nouvelle ligne social-libérale. Mais, les programmes municipaux parlent d'eux-mêmes : il n'y a guère de différences entre ceux de l'UMP, du PS ou du MoDem : partout des «coulées vertes» écologiques, partout des «logements neufs» pour retenir le dernier carré des classes moyennes, partout des «zones franches».

Lors de la présidentielle, Nicolas Sarkozy avait gagné dans l'est de la France, et séduit une base populaire qu'il avait en partie arrachée à Le Pen. À l'Ouest et dans les grandes villes, Royal et Bayrou s'étaient disputé le même électorat. Au bout de neuf mois, les électeurs de Sarkozy ouvriers, employés ou vieux rurbains sont déçus par la stagnation du pouvoir d'achat ou agacés par le côté soixante-huitard d'un président qui semble «jouir sans entraves» . En face, l'antisarkozisme culturel des grandes villes plastronne. Les édiles de droite tentent de sauver leur mise en cachant le sigle de l'UMP et en centrant le débat électoral sur le terrain local.

Mais le vent national souffle trop fort. La polarisation sociologique révélée par la présidentielle rendait déjà les municipales ingagnables par la droite. L'intérêt exclusif porté par les médias aux grandes villes, aggravait la situation. On l'a déjà vu en 2001, lorsque la seule prise de Paris et de Lyon occulta la défaite globale de la gauche de Jospin. C'est pourquoi Sarkozy avait songé à avancer la date des municipales dans la foulée de la présidentielle.

La crise économique américaine et l'agacement provoqué par la désacralisation de la fonction risquent de transformer la défaite inévitable en déroute.

mercredi 13 février 2008

Zemmour, romancier balzacien

Stéphane Hoffmann, Le Figaro
11/02/2008


«Petit frère», roman d'Eric Zemmour Denoël, 338 p., 20 euros.

Eric Zemmour, ça n'est tout de même pas rien. Il compte, en France. Et comptera de plus en plus. Il irrite, séduit, agace, et toujours il passionne, car il n'envoie pas dire ce qu'il a à dire, surtout quand c'est à contre-courant de l'idéologie dominante. Il vient de faire un joli scandale avec son essai Le Premier Sexe et s'apprête à en faire un autre avec ce roman que binoclards, chaisières et ligues de vertus vont combattre. Pour de mauvaises raisons.

Ce roman est une fresque de la France de ces vingt dernières années. Tableau balzacien d'une époque qui n'est plus balzacienne. Comme la plupart des romanciers balzaciens, Zemmour peint d'après nature, s'inspirant d'un fait divers réel, le meurtre de Sébastien Sellam, un jeune Juif assassiné, en 2003, par un jeune Arabe, son meilleur ami. Dans le XIXe arrondissement de Paris, les tribus se font la guerre depuis que l'idée de nation a été combattue avec la complicité de ceux-là mêmes qui en avaient la charge. Les personnages, même les plus féroces, sont les victimes d'une malédiction, comme dans les opéras ou dans les tragédies. Nous vivons la tragédie de la perte, par snobisme, de cette idée d'une nation, la France, qui rassemble les hommes.
Si la France baisse, les communautés s'affrontent : voilà l'analyse du livre d'Eric Zemmour, qui n'est pourtant pas, Dieu merci, un roman à thèse. C'est un roman très vivant avec quelques naïvetés qui donnent de la fraîcheur : ici, il confond Pierre et Claude Brasseur ; là, on voit un « chauffard dangereux », pléonasme ; là encore, Anne « tire sa cigarette », et autres vétilles d'un écrivain emporté par son sujet.

C'est d'ailleurs une bonne idée d'avoir choisi le roman plutôt que l'essai : pour comprendre une époque et annoncer son évolution, le roman, c'est encore ce qu'il y a de mieux. Voyez l'admirable Creezy de Félicien Marceau (autre balzacien), paru en 1969, et racontant la passion d'un homme politique de premier plan pour un top-modèle.
Le livre d'Eric Zemmour est un nouvel exemple : tout roman réussi est la radiographie d'une époque. Il est donc souvent prophétique. Petit frère donne froid dans le dos, et on ferait bien de lui porter l'attention qu'il mérite.